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La farce des négociations conventionnelles

Après 13 réunions avec les instances da la CNAMTS en 4 mois, deux syndicats de médecins (le BLOC et la CSMF) ont quitté la table des négociations. Les autres sont à deux doigts de faire de même. 

Ils ont ainsi manifesté leur écœurement devant l’indigence des propositions qui leur ont été faites en matière de revalorisation des actes médicaux. Mais ils protestent surtout contre une politique de santé absurde décidée par des technocrates coupés de la réalité et disposés à donner toujours plus de pouvoirs aux mutuelles et autres assurances complémentaires.

L’obstination des pouvoirs publics à vouloir réguler le secteur 2 et à faire des économies à tout prix les empêche de voir et d’analyser les véritables problèmes qui  sont en train de mettre en danger la santé des Français. Parmi ceux-ci, l’extension des déserts médicaux, l’allongement des délais d’attente et la surcharge des services d’urgence sont les symptômes prémonitoires d’une catastrophe inéluctable si rien n’est fait pour y remédier. Et encore faut-il savoir que la durée hebdomadaire moyenne de travail des médecins français est de 50 heures. Quand va-t-on enfin prendre en compte le caractère éreintant d’un exercice de plus en plus dévalorisé?

Le Collectif Usagers de la Santé réaffirme la nécessité d’une réflexion en profondeur sur les conditions de prise en charge de la santé des Français. Cette réflexion doit être menée de façon transparente et collégiale avec tous les intervenants, médecins, paramédicaux et usagers de la santé. Elle doit exclure toute attitude dogmatique, s’attacher à maintenir l’équilibre entre secteur public et secteur privé, source de saine émulation, tout en tenant compte de l’évolution des techniques et des mentalités. Malheureusement, toutes les actions engagées par les gouvernements successifs depuis des années n’ont été que propagande, démagogie et désinformation au profit des carrières politiques et intérêts personnels des uns et des autres. Il est grand temps que les acteurs du système de santé reprennent la main.

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Les médecins ne sont pas des surhommes

Les médecins ne sont pas des surhommes. Ils sont des être humains, confrontés aux aléas de la vie, au stress, au surmenage… L’Ordre des Médecins a mené une enquête en 2015 sur les conditions de vie des étudiants en médecine et des jeunes médecins.

De cette consultation sont sortis des résultats inquiétants. Près d’un quart des jeunes médecins et étudiants en médecine déclare avoir un état de santé moyen ou mauvais. Ainsi le tiers des étudiants en médecine et plus de la moitié des internes ont eu au moins un arrêt de travail au cours des deux dernières années, la plupart du temps en raison d’un trouble somatique (80%), moins fréquemment en raison d’un trouble psychique (20%).

De manière plus alarmante, 14% des jeunes médecins et étudiants en médecine déclarent avoir des idées suicidaires, dont plus de la moitié travaille plus de 48h par semaine et considère son état de santé comme mauvais ou moyen. Aussi, la consommation de médicaments est importante chez les jeunes médecins et les étudiants, notamment la prise d’antalgiques et d’anxiolytiques. En revanche, malgré une consommation importante de certains médicaments, seuls 32% des répondants avaient consulté un praticien de médecine générale au cours de la dernière année.

Les jeunes médecins et étudiants en médecine sont soumis à rude épreuve. Presque la moitié (40%) d’entre eux travaille entre 48 et 60 heures par semaine. Peu de repos, et beaucoup de stress : la moitié d’entre eux déclare être confrontée au stress chaque semaine. Ces conditions de travail ont un impact direct sur la vie sociale, les performances au travail, et la consommation de substances addictogènes. Ainsi, un tiers des jeunes médecins et étudiants en médecine consomme de l’alcool tous les jours ou plusieurs fois par semaine, et pour 4%, des psychotropes.

Le surmenage des jeunes médecins est une réalité qu’il est nécessaire de prendre en compte. Le burn-out sévit de plus en plus, en raison du poids qui pèse sur les épaules de ces jeunes praticiens ; ce mal est insidieux puisqu’il peut se propager rapidement en raison de la surcharge de travail induite par l’absence d’un collègue. Les hôpitaux manquent cruellement de moyens, il est nécessaire d’arrêter la casse et d’augmenter les effectifs de la fonction publique hospitalière pour garantir un exercice de la médecine dans des conditions optimales pour le bien-être de tous, praticiens et patients. Il est également nécessaire d’agir en amont afin que les services d’urgence cessent d’être surchargés de cas ne présentant aucune situation d’urgence.

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Le chômage tue quatre fois plus que les accidents de la route

Le chômage est à ce jour la première préoccupation des Français. En mai 2016, 5,69 millions de Français étaient inscrits en tant que demandeurs d’emploi, dans les catégories A, B et C. Ce fléau touche de manière très brutale les travailleurs peu qualifiés, les jeunes, les femmes, les séniors, ainsi que les personnes en situation de handicap. Depuis la crise de 2008, le taux de chômage a augmenté de près de 50% dans notre pays.

Le chômage s’accompagne la plupart du temps d’une situation deprécarité financière, l‘indemnisation, quand elle existe, ne joue qu’un rôle de filet de secours temporaire. Cependant, le chômage de longue durée fait rage, ce dernier pouvant s’étendre bien au-delà de la période d’indemnisation génère une pauvreté inouïePoint de compensation financière, ni de couverture santé efficace pour les victimes des politiques économiques menées depuis des décennies. Outre les difficultés financières qu’il entraine, le chômage a un impact social majeur : risque accru d’isolement et de séparation conjugale (les 700 licenciements récents chez Continental ont causé 250 séparations)équilibre familial perturbéconséquences sur la scolarité des enfants, etc

L’INSERM estime que les conséquences médico-psycho-sociales du chômage entrainent entre 10 et 14000 décès annuels, notamment en raison d’une prévalence plus élevée des maladies cardio-vasculaires et des cancers chez les personnes en situation de précarité : une augmentation de la consommation d’alcool et de tabac en raison du stress et de l’anxiété que provoque la précarité, ainsi qu’une alimentation de mauvaise qualité notamment en raison de revenus faibles, peuvent expliquer ces effets néfastes sur la santé. Du point de vue de la santé mentale, un quart de nos concitoyens en situation de recherche d’emploi sont sujets à la dépression (24% des hommes et 26% des femmes; Dares, 2015), et la courbe des suicides suit celle du chômage (une augmentation du taux de chômage de 10% entraîne une hausse de 1,5% du nombre de suicides), alors que notre pays est déjà un mauvais élève en la matière.

Cet aspect du chômage est souvent ignoré et une certaine lassitude vis-à-vis du chômage s’installe dans la population, entrainant un regard souvent négatif sur nos compatriotes sans emploi. En l’état actuel de notre pays, rien ne laisse présager une amélioration significative sur le plan de l’emploi, qui devient un véritable enjeu de santé publique de par les dégâts collatéraux qu’il engendre. Il peut être pertinent de créer un service de médecine préventive pour les demandeurs d’emploi, tel qu’il existe dans les entreprises pour les travailleurs, afin de minimiser l’impact médico-psychologique de la précarité, en offrant un accès à des soins adaptés, et à un soutien psychologique, aux demandeurs d’emploi, et assurer une prévention adéquate au plus proche de la situation des précaires.

Il est nécessaire d’agir sans plus attendre pour retrouver l’emploi dans notre pays, puisque la situation intenable dans laquelle nous avons été plongés par des décennies d’une gouvernance dangereuse impacte fortement la santé mentale et physique des Français, leur intégration sociale, et pèse également très lourdement sur les finances publiques.

Réponse au « Magazine de la santé » de France 5 daté du 1er juin 2016

Dr. CARRERE D’ENCAUSSE, Dr. CYMES,

   Le collectif « Usagers de la santé » tient tout d’abord à vous remercier du temps que vous lui avez consacré au cours de votre émission du mercredi 1er juin 2016. Cependant, le portrait en demi-teinte qui en a été dressé par votre invité, M. SAOUT, appelle, en revanche, quelques rectifications et commentaires.

   Notre collectif a vocation à rassembler comme son nom l’indique, les usagers de la santé, c’est-à-dire tous les Français, y compris les professionnels de santé, qui, cela ne vous aura échappé, sont également des usagers de la santé à part entière. N’ont été présentés à la presse le 17 mai que les membres fondateurs, au nombre de cinq, dont une des missions sera, bien sûr, de recruter de nouveaux membres, professionnels de santé ou non, impliqués d’une manière ou d’une autre dans le domaine de la santé. Notre but est que toutes les composantes soient représentées dans ce collectif de façon à élaborer les bases d’une politique de santé qui soit ambitieuse, innovante, et réellement profitable à tous les Français, ce qui est loin d’être le cas actuellement.

   Votre invité note que la plupart des catégories de notre site internet sont encore vides, ce qui est exact. Vous avez compris que les différents onglets correspondent aux questions que nous souhaitons traiter et qui entrent en résonnance avec les attentes de nos compatriotes. Vous remarquerez qu’elles sont nombreuses. Les pages correspondantes seront complétées au fil de nos travaux et réflexions qui se feront sous formes de consultations d’associations d’usagers, de professionnels médicaux et paramédicaux, et de directeurs d’établissements publics et privés. Tous les Français souhaitant participer à nos travaux sont ainsi invités à nous rejoindre dans notre projet, en fonction de la connaissance qu’ils peuvent avoir de tel ou tel domaine de la santé et de l’expérience qu’ils souhaitent partager.

   Aussi, votre invité émet des critiques de fond sur lesquelles nous souhaitons revenir. En effet, alors que M. Saout assène que les budgets alloués à la santé n’ont pas été rognés, cette vérité est purement sémantique, puisque si l’ONDAM augmente bien chaque année, cette augmentation n’est pas à la hauteur de l’augmentation des besoins. La population française vieillit, les soins coûtent de plus en plus cher, la population augmente, et celle-ci compte de plus en plus de malades chroniques et de personnes en situation de précarité – bénéficiant ipso facto d’un remboursement de leurs soins à 100%, respectivement par le biais des ALD et de la CMU/CMU-C. L’augmentation de l’ONDAM que votre invité mentionne est donc un contre-argument fallacieux, puisque ladite augmentation n’est pas manifestement suffisante pour conserver des soins de qualité. Votre invité mentionne également l’aide médicale d’état (AME) qu’il évalue à 500 millions d’euros par an, alors que les dernières estimations avancent une prévision de 1,1 milliard d’euro pour 2016. M. Saout fait ensuite un parallèle bancal entre l’AME et l’hôpital de Calais qui « ne pourrait vivre sans ses patients anglais » ; quelle malhonnêteté intellectuelle ! L’AME bénéficie principalement aux étranges présents sur le territoire national en situation irrégulière. Or les patients anglais mentionnés ne se rendent pas illégalement à Calais pour se faire soigner, mais viennent en parfaite légalité, et s’acquittent de leur facture.

   Enfin, il est nécessaire de préciser que votre invité est loin d’être l’intervenant impartial qu’il prétend être puisqu’il est le secrétaire général du Collectif Interassociatif Sur la Santé (CISS), doté d’un budget de 3 millions d’euros, majoritairement abondé par la Direction Générale de la Santé, c’est-à-dire le Ministère de la Santé, dont il est un des vecteurs d’opinion. Son point de vue ne peut ainsi pas être considéré comme objectif et impartial.

   Nous considérons que les usagers et les professionnels de la santé doivent s’engager dans un combat commun pour la restauration de l’excellence de notre système de santé. Seul le dialogue entre usagers et professionnels sera à même de répondre aux attentes de chacun, dans le respect de tous. Notre objectif essentiel est de remettre le patient au centre de la politique de santé, et de permettre à tous les Français l’accès à des soins de qualité sur tout le territoire national.

   Les membres du collectif « Usagers de la santé » se tiennent disponible pour venir à votre rencontre et échanger sur notre fonctionnement et nos objectifs.

Cordialement,
Les membres fondateurs du Collectif « Usagers de la santé »

Lien vers l’émission (à partir de 25 min 20) :
http://www.allodocteurs.fr/emissions/le-magazine-de-la-sante/le-magazine-de-la-sante-du-01-06-2016_25883.html

Conférence de lancement du Collectif

Interventions des membres fondateurs du Collectif « Usagers de la santé » lors de la conférence de lancement du 17 mai 2016 :

 

Discours de clôture de Marine Le Pen :

 

Le gouvernement français crée la médecine en pièces détachées sur ordre de Bruxelles

Le gouvernement de Manuel Valls projette actuellement de transposer en droit français une directive européenne (2013/55/UE) permettant aux ressortissants de l’Union Européenne d’exercer à titre partiel plusieurs professions réglementées, sans en posséder l’ensemble des compétences requises. Appliquée au domaine de la santé, cette aberration induit des risques considérables : baisse de la sécurité et de la qualité des soins, problèmes de continuité et de coordination des soins, introduction d’une complexité inutile dans l’ensemble de notre système santé.
Concrètement, le projet du gouvernement vise à créer des sous-spécialités médicales, ce qui aurait pour conséquence l’apparition de nouvelles professions partiellement qualifiées, décomposant la médecine façon puzzle et contrevenant de fait à la bonne coordination des professionnels de santé, seuls à même de garantir la qualité et la sécurité du parcours de soin.
C’est à l’Ordre national des Médecins qu’il reviendra d’accorder aux ressortissants étrangers l’autorisation d’exercer à titre partiel en France. Or, il y a fort à craindre que la sélection ne devrait pas être trop rude, puisque le service juridique du Conseil National de l’Ordre des Médecins avance qu’il y a « peu de danger en réalité ». Le collectif RBM « Usagers de la santé » considère pour sa part que peu de danger est déjà trop de danger, particulièrement lorsqu’il en va de la santé des Français.
Ce qu’il faut bien comprendre c’est que ces mesures vont bénéficier à des professionnels de santé étrangers n’ayant pas les compétences réglementaires pour exercer leur spécialité en France, alors qu’il suffirait de desserrer le numerus clausus pour remédier en partie à la pénurie de médecins français.
En cela, l’Union Nationale des Professionnels de Santé (UNPS) est lucide et redoute « une absence de contrôle fiable » des professionnels étrangers qui demanderaient l’application de cette directive. La Confédération des Syndicats Médicaux Français (CSMF) craint quant à elle à juste titre que cette directive ne porte « atteinte à la qualité des soins en créant des sous-professions », produisant des demi-médecins qui seront autorisés à prodiguer certains actes mais pas d’autres. La CSMF demande que cette directive ne soit pas appliquée au domaine de la santé.
Le collectif RBM « Usagers de la santé » s’oppose fermement à cette nouvelle charge du gouvernement contre notre système de santé, livré aux appétits rapaces de Bruxelles. Seuls des professionnels dont la qualification correspond aux standards nationaux doivent pouvoir s’occuper de la santé des Français. Il est inadmissible que le gouvernement français continue de détruire ainsi notre système de santé. Le collectif RBM « Usagers de la santé » demande au gouvernement de ne pas appliquer cette directive au domaine de la santé, pour le bien-être et la sécurité de tous.

Les antibiotiques, c’est pas automatique : en marche vers l’état d’urgence bactérien

Aux États-Unis, une super-bactérie résistant à tous les antibiotiques a été découverte chez une patiente de 49 ans souffrant d’une infection urinaire. Il s’agit du premier cas de résistance à la colistine, un antibiotique de dernier recours.

Une nouvelle très inquiétante dans la mesure où il semblerait que le gène permettant la résistance aux antibiotiques soit capable de se répandre à d’autres souches bactériennes (Patrick McGann, 2016). Cependant, la question de l’antibiorésistance n’est pas nouvelle. Malgré cela, entre 30 et 50% des prescriptions d’antibiotiques seraient inutiles et inappropriées, contribuant au développement de l’antibiorésistance. Une étude de 2015 (O’Neill) estime qu’à l’horizon 2050, l’antibiorésistance causerait plus de 10 millions de décès par an.

En 2011, la France a lancé un plan d’alerte sur les antibiotiques se fixant un objectif de réduction de consommation d’antibiotiques de 25%, or les résultats ne sont pas au rendez-vous puisqu’au lieu de s’amenuiser, la consommation d’antibiotique ne cesse d’augmenter (+5,9% entre 2011 et 2014) et la France reste championne d’Europe en la matière. Ainsi, on dénombre chaque année dans notre pays plus de 12.500 décès imputables à une infection bactérienne résistante. Une nouvelle fois, les gouvernements UMP et PS successifs font preuve d’une incapacité totale à agir de manière efficace. Or, les problèmes que pose l’antibiorésistance sont multiples : conséquences à moyen-terme sur la santé de la population, dégradation de la sécurité et de la continuité des soins, risque accru en cas d’attaque bioterroriste, enjeux économiques pour la sécurité sociale…

Marisol Touraine, plutôt que d’entreprendre une réflexion concrète sur le sujet, n’a fait qu’annoncer le lancement d’une campagne de communication d’ici à l’an prochain, et s’en remet à la Commission Européenne pour élaborer un nouveau cadre règlementaire. Un aveu de faiblesse doublé d’une véritable délégation de responsabilité à une commission de technocrates non élus, déconnectés des réalités nationales.

Il est nécessaire d’agir puisque le développement de l’antibiorésistance pourrait menacer à court ou moyen-terme les soins hospitaliers courants ainsi que les malades du cancer sous chimiothérapie (Teillant, 2015). En effet, la chimiothérapie déprime le système immunitaire mettant les patients sous le joug d’infections multiples, et dans le cas des chirurgies, des bactéries nocives se nichent dans les sutures dans plus de 90% des cas.

Le collectif RBM « Usagers de la santé » en appelle à une augmentation des budgets de la recherche biomédicale afin de favoriser le développement de nouvelles molécules capables de lutter contre les bactéries résistantes. Il est également impérieux de mener une politique interministérielle, en partenariat avec les ministères de l’environnement et de l’agriculture, afin de réguler les rejets d’antibiotiques dans les sols et les eaux usées. Des stratégies innovantes doivent être élaborées pour faire diminuer la consommation d’antibiotiques. La santé des Français ne doit pas être déléguée à des technocrates non élus, et c’est un véritable ministère de la santé qui doit prendre en charge les problèmes de santé publique qui se posent aujourd’hui.

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Santé mentale

Quand avez-vous entendu pour la dernière fois les mots « psychiatrie » ou « santé mentale » dans la bouche d’une personnalité politique ? Jamais, probablement. Les chiffres sont pourtant édifiants : 12 millions de Français – soit 20% de la population – sont atteints d’un trouble psychique, alors que seul 1% de la population est atteinte d’un cancer. Les troubles mentaux représentent la deuxième cause de handicap à l’échelle mondiale et pourraient passer en pole position d’ici à 2020 (OMS, 2011). Ils sont, en France, la première cause d’invalidité et la deuxième cause d’arrêts de travail (CNAM, 2004).

Qu’est-ce qu’un trouble psychique ?

De manière concrète, le terme « trouble psychique » représente un panel large et varié de maladies et de troubles méconnus et souvent mal diagnostiqués. Ces troubles sont souvent chroniques et invalidants ; ils occasionnent dans la plupart des cas des difficultés plus ou moins sévères d’intégration socioprofessionnelle, et jouissent encore malheureusement d’une image très négative aux yeux du public non concerné, mais également des malades eux-mêmes et de leur entourage. La personne atteinte d’un trouble psychique est souvent jugée faible et responsable de son état, or ces troubles sont de véritables entités cliniques ancrées dans une réalité biologique, psychologique et médicale.

Parmi les troubles les plus connus, citons les troubles anxieux, les troubles bipolaires, la dépression, la schizophrénie, ou encore les troubles obsessionnels-compulsifs. Notons également que le nombre de suicides reste important en Europe, avec près de 60.000 suicides par an, soit plus que le nombre de décès dus aux accidents de la circulation (CE, 2007) ; en France, ce sont près 30 personnes qui se donnent la mort au quotidien, dont 90% souffrent d’un trouble mental.

Les représentations négatives autour de la santé mentale induisent chez les patients un refus d’admettre leur situation, ainsi qu’une méconnaissance de la part du public quant à la réalité des troubles psychiques. Ces deux situations ont des conséquences délétères, notamment des retards de diagnostic et de prise en charge, de telle sorte qu’il est souvent trop tard pour agir efficacement sur la pathologie.

Quelle prise en charge ?

La prise en charge de la pathologie mentale est souvent inadaptée et coûteuse en raison des retards de diagnostic, et de la méconnaissance, à la fois par le public mais également pas beaucoup de praticiens, de la symptomatologie de ces troubles ainsi que des modalités et possibilités de traitement. Par ailleurs, les comorbidités somatiques associées aux troubles mentaux sont souvent négligées, et feraient perdre entre 10 et 20 ans d’espérance de vie aux patients (Cour des Comptes, 2011).

En matière de santé mentale, le système de soin est saturé et déséquilibré. D’un côté, il faut attendre jusqu’à 6 mois, dans certaines villes, pour obtenir un rendez-vous avec un médecin spécialiste et les centres médico-psychologiques sont encombrés, et de l’autre côté, les psychologues (diplômé au minimum d’un Bac+5 en psychologie et d’un minimum de 800 h de stage clinique) ne sont pas reconnus comme professionnels de santé et les consultations psychologiques, au même titre que les psychothérapies réalisées par un psychologue-psychothérapeute, dont l’efficacité et l’efficience ont été démontrées scientifiquement, ne sont pas prises en charge par l’Assurance Maladie. L’impossibilité d’obtenir un rendez-vous en psychiatrie ou le manque de moyen pour consulter un psychologue entraine souvent un recours aux hospitalisations d’urgence, engendrant un surcoût inutile.

La Cour des Comptes (2011) estime à 30% la proportion de patients des médecins généralistes souffrant d’une pathologie mentale ou de troubles associés à cette pathologie. Or, l’information insuffisante des médecins généralistes en matière de santé mentale mène à une surconsommation de psychotropes et une prise en charge parfois défaillante. En voici un exemple frappant : chez les personnes âgées, 85% des insomnies traitées par psychotropes par les médecins généralistes ne relèvent pas de troubles psychiatriques, ce qui entraîne une prescription, donc un remboursement ipso facto, et une consommation inutile de médicaments inadaptés au trouble que présente le patient (Milon, 2009). Par ailleurs, très peu de psychiatres (12,5%) tiennent compte des recommandations nationales et internationales produites par les experts.

Quel coût pour la société et l’Assurance Maladie ?

Les troubles psychiques représentaient 15% des soins remboursés par l’assurance maladie en 2011, soit le deuxième poste de dépense, juste derrière les hospitalisations. En effet, sur une dépense totale de santé de 146 milliards d’euros en 2011, les soins psychiatriques représentent 22 milliards, soit 7 milliards de plus que les traitements contre le cancer ou contre le diabète et les maladies cardiovasculaires. A côté du coût strictement médical s’ajoutent le coût médico-social, les pertes de productivité sur le lieu de travail (arrêts maladies, fatigabilité, …) et les pertes de qualité de vie, pour un total évalué à 107 milliards d’euros par an.

Alors que les enjeux sociaux, humains et économiques sont très importants, la France est très parcimonieuse en ce qui concerne la recherche en santé mentale. En effet, notre pays n’alloue que 21 millions d’euros à la recherche sur les pathologies mentales, soit 2% du budget de la recherche biomédicale, quand les Etats-Unis y consacrent près de 4 milliards d’euros par an, c’est-à-dire un budget 200 fois plus élevé (Chevreul, 2012).

Conclusion et propositions

La santé mentale est un enjeu majeur de santé publique, souvent négligé, comme le reflète le budget ridiculement faible dédié à la recherche sur les pathologies mentales et le peu de mesures prises dans ce domaine. Le système de soin français perpétue la dichotomie entre pathologie somatique et pathologie mentale, contribuant à l’image négative qu’a le public des patients souffrant de troubles mentaux. Afin de palier les différents problèmes évoqués :

  • Désengorger le système de soins en reconnaissant aux 50.000 psychologues le statut de professionnel de santé, et en proposant le remboursement des consultations psychologiques et des psychothérapies (dans le cas des thérapies reconnues efficaces pour le traitement de certaines pathologies) ;
  • Améliorer l’information et la formation des praticiens de médecine générale sur la pathologie mentale, avec des modules de formation continue (développement personnel continu) en présentiel ou à distance, ou en intégrant au cours de l’internat de médecine générale un stage obligatoire en psychiatrie ;
  • Améliorer l’information du public sur la pathologie mentale pour éviter de perpétuer les clichés, et permettre la prise de conscience précoce des symptômes par le patient et/ou sous entourage afin de prendre en charge de manière efficace le plus tôt possible ;
  • Augmenter les financements publics de la recherche en santé mentale grâce aux économies réalisées grâce à la prise en charge par l’Assurance Maladie des psychothérapies efficaces, entraînant une baisse de la prescription de psychotropes coûteux et souvent lourds en effets indésirables ;
  • Favoriser la prise en charge des troubles somatiques associés aux troubles mentaux ;
  • Centrer les grands plans gouvernementaux sur des catégories de pathologies plutôt que sur une pathologie en particulier ;
  • Favoriser les synergies entre les chercheurs et les praticiens, dans une approche pluridisciplinaire ;
  • Augmenter le nombre d’étudiants admis en internat de psychiatrie, et favoriser les ponts entre neurologie et psychiatrie.