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La farce des négociations conventionnelles

Après 13 réunions avec les instances da la CNAMTS en 4 mois, deux syndicats de médecins (le BLOC et la CSMF) ont quitté la table des négociations. Les autres sont à deux doigts de faire de même. 

Ils ont ainsi manifesté leur écœurement devant l’indigence des propositions qui leur ont été faites en matière de revalorisation des actes médicaux. Mais ils protestent surtout contre une politique de santé absurde décidée par des technocrates coupés de la réalité et disposés à donner toujours plus de pouvoirs aux mutuelles et autres assurances complémentaires.

L’obstination des pouvoirs publics à vouloir réguler le secteur 2 et à faire des économies à tout prix les empêche de voir et d’analyser les véritables problèmes qui  sont en train de mettre en danger la santé des Français. Parmi ceux-ci, l’extension des déserts médicaux, l’allongement des délais d’attente et la surcharge des services d’urgence sont les symptômes prémonitoires d’une catastrophe inéluctable si rien n’est fait pour y remédier. Et encore faut-il savoir que la durée hebdomadaire moyenne de travail des médecins français est de 50 heures. Quand va-t-on enfin prendre en compte le caractère éreintant d’un exercice de plus en plus dévalorisé?

Le Collectif Usagers de la Santé réaffirme la nécessité d’une réflexion en profondeur sur les conditions de prise en charge de la santé des Français. Cette réflexion doit être menée de façon transparente et collégiale avec tous les intervenants, médecins, paramédicaux et usagers de la santé. Elle doit exclure toute attitude dogmatique, s’attacher à maintenir l’équilibre entre secteur public et secteur privé, source de saine émulation, tout en tenant compte de l’évolution des techniques et des mentalités. Malheureusement, toutes les actions engagées par les gouvernements successifs depuis des années n’ont été que propagande, démagogie et désinformation au profit des carrières politiques et intérêts personnels des uns et des autres. Il est grand temps que les acteurs du système de santé reprennent la main.

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Les médecins ne sont pas des surhommes

Les médecins ne sont pas des surhommes. Ils sont des être humains, confrontés aux aléas de la vie, au stress, au surmenage… L’Ordre des Médecins a mené une enquête en 2015 sur les conditions de vie des étudiants en médecine et des jeunes médecins.

De cette consultation sont sortis des résultats inquiétants. Près d’un quart des jeunes médecins et étudiants en médecine déclare avoir un état de santé moyen ou mauvais. Ainsi le tiers des étudiants en médecine et plus de la moitié des internes ont eu au moins un arrêt de travail au cours des deux dernières années, la plupart du temps en raison d’un trouble somatique (80%), moins fréquemment en raison d’un trouble psychique (20%).

De manière plus alarmante, 14% des jeunes médecins et étudiants en médecine déclarent avoir des idées suicidaires, dont plus de la moitié travaille plus de 48h par semaine et considère son état de santé comme mauvais ou moyen. Aussi, la consommation de médicaments est importante chez les jeunes médecins et les étudiants, notamment la prise d’antalgiques et d’anxiolytiques. En revanche, malgré une consommation importante de certains médicaments, seuls 32% des répondants avaient consulté un praticien de médecine générale au cours de la dernière année.

Les jeunes médecins et étudiants en médecine sont soumis à rude épreuve. Presque la moitié (40%) d’entre eux travaille entre 48 et 60 heures par semaine. Peu de repos, et beaucoup de stress : la moitié d’entre eux déclare être confrontée au stress chaque semaine. Ces conditions de travail ont un impact direct sur la vie sociale, les performances au travail, et la consommation de substances addictogènes. Ainsi, un tiers des jeunes médecins et étudiants en médecine consomme de l’alcool tous les jours ou plusieurs fois par semaine, et pour 4%, des psychotropes.

Le surmenage des jeunes médecins est une réalité qu’il est nécessaire de prendre en compte. Le burn-out sévit de plus en plus, en raison du poids qui pèse sur les épaules de ces jeunes praticiens ; ce mal est insidieux puisqu’il peut se propager rapidement en raison de la surcharge de travail induite par l’absence d’un collègue. Les hôpitaux manquent cruellement de moyens, il est nécessaire d’arrêter la casse et d’augmenter les effectifs de la fonction publique hospitalière pour garantir un exercice de la médecine dans des conditions optimales pour le bien-être de tous, praticiens et patients. Il est également nécessaire d’agir en amont afin que les services d’urgence cessent d’être surchargés de cas ne présentant aucune situation d’urgence.

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Le chômage tue quatre fois plus que les accidents de la route

Le chômage est à ce jour la première préoccupation des Français. En mai 2016, 5,69 millions de Français étaient inscrits en tant que demandeurs d’emploi, dans les catégories A, B et C. Ce fléau touche de manière très brutale les travailleurs peu qualifiés, les jeunes, les femmes, les séniors, ainsi que les personnes en situation de handicap. Depuis la crise de 2008, le taux de chômage a augmenté de près de 50% dans notre pays.

Le chômage s’accompagne la plupart du temps d’une situation deprécarité financière, l‘indemnisation, quand elle existe, ne joue qu’un rôle de filet de secours temporaire. Cependant, le chômage de longue durée fait rage, ce dernier pouvant s’étendre bien au-delà de la période d’indemnisation génère une pauvreté inouïePoint de compensation financière, ni de couverture santé efficace pour les victimes des politiques économiques menées depuis des décennies. Outre les difficultés financières qu’il entraine, le chômage a un impact social majeur : risque accru d’isolement et de séparation conjugale (les 700 licenciements récents chez Continental ont causé 250 séparations)équilibre familial perturbéconséquences sur la scolarité des enfants, etc

L’INSERM estime que les conséquences médico-psycho-sociales du chômage entrainent entre 10 et 14000 décès annuels, notamment en raison d’une prévalence plus élevée des maladies cardio-vasculaires et des cancers chez les personnes en situation de précarité : une augmentation de la consommation d’alcool et de tabac en raison du stress et de l’anxiété que provoque la précarité, ainsi qu’une alimentation de mauvaise qualité notamment en raison de revenus faibles, peuvent expliquer ces effets néfastes sur la santé. Du point de vue de la santé mentale, un quart de nos concitoyens en situation de recherche d’emploi sont sujets à la dépression (24% des hommes et 26% des femmes; Dares, 2015), et la courbe des suicides suit celle du chômage (une augmentation du taux de chômage de 10% entraîne une hausse de 1,5% du nombre de suicides), alors que notre pays est déjà un mauvais élève en la matière.

Cet aspect du chômage est souvent ignoré et une certaine lassitude vis-à-vis du chômage s’installe dans la population, entrainant un regard souvent négatif sur nos compatriotes sans emploi. En l’état actuel de notre pays, rien ne laisse présager une amélioration significative sur le plan de l’emploi, qui devient un véritable enjeu de santé publique de par les dégâts collatéraux qu’il engendre. Il peut être pertinent de créer un service de médecine préventive pour les demandeurs d’emploi, tel qu’il existe dans les entreprises pour les travailleurs, afin de minimiser l’impact médico-psychologique de la précarité, en offrant un accès à des soins adaptés, et à un soutien psychologique, aux demandeurs d’emploi, et assurer une prévention adéquate au plus proche de la situation des précaires.

Il est nécessaire d’agir sans plus attendre pour retrouver l’emploi dans notre pays, puisque la situation intenable dans laquelle nous avons été plongés par des décennies d’une gouvernance dangereuse impacte fortement la santé mentale et physique des Français, leur intégration sociale, et pèse également très lourdement sur les finances publiques.

Réponse au « Magazine de la santé » de France 5 daté du 1er juin 2016

Dr. CARRERE D’ENCAUSSE, Dr. CYMES,

   Le collectif « Usagers de la santé » tient tout d’abord à vous remercier du temps que vous lui avez consacré au cours de votre émission du mercredi 1er juin 2016. Cependant, le portrait en demi-teinte qui en a été dressé par votre invité, M. SAOUT, appelle, en revanche, quelques rectifications et commentaires.

   Notre collectif a vocation à rassembler comme son nom l’indique, les usagers de la santé, c’est-à-dire tous les Français, y compris les professionnels de santé, qui, cela ne vous aura échappé, sont également des usagers de la santé à part entière. N’ont été présentés à la presse le 17 mai que les membres fondateurs, au nombre de cinq, dont une des missions sera, bien sûr, de recruter de nouveaux membres, professionnels de santé ou non, impliqués d’une manière ou d’une autre dans le domaine de la santé. Notre but est que toutes les composantes soient représentées dans ce collectif de façon à élaborer les bases d’une politique de santé qui soit ambitieuse, innovante, et réellement profitable à tous les Français, ce qui est loin d’être le cas actuellement.

   Votre invité note que la plupart des catégories de notre site internet sont encore vides, ce qui est exact. Vous avez compris que les différents onglets correspondent aux questions que nous souhaitons traiter et qui entrent en résonnance avec les attentes de nos compatriotes. Vous remarquerez qu’elles sont nombreuses. Les pages correspondantes seront complétées au fil de nos travaux et réflexions qui se feront sous formes de consultations d’associations d’usagers, de professionnels médicaux et paramédicaux, et de directeurs d’établissements publics et privés. Tous les Français souhaitant participer à nos travaux sont ainsi invités à nous rejoindre dans notre projet, en fonction de la connaissance qu’ils peuvent avoir de tel ou tel domaine de la santé et de l’expérience qu’ils souhaitent partager.

   Aussi, votre invité émet des critiques de fond sur lesquelles nous souhaitons revenir. En effet, alors que M. Saout assène que les budgets alloués à la santé n’ont pas été rognés, cette vérité est purement sémantique, puisque si l’ONDAM augmente bien chaque année, cette augmentation n’est pas à la hauteur de l’augmentation des besoins. La population française vieillit, les soins coûtent de plus en plus cher, la population augmente, et celle-ci compte de plus en plus de malades chroniques et de personnes en situation de précarité – bénéficiant ipso facto d’un remboursement de leurs soins à 100%, respectivement par le biais des ALD et de la CMU/CMU-C. L’augmentation de l’ONDAM que votre invité mentionne est donc un contre-argument fallacieux, puisque ladite augmentation n’est pas manifestement suffisante pour conserver des soins de qualité. Votre invité mentionne également l’aide médicale d’état (AME) qu’il évalue à 500 millions d’euros par an, alors que les dernières estimations avancent une prévision de 1,1 milliard d’euro pour 2016. M. Saout fait ensuite un parallèle bancal entre l’AME et l’hôpital de Calais qui « ne pourrait vivre sans ses patients anglais » ; quelle malhonnêteté intellectuelle ! L’AME bénéficie principalement aux étranges présents sur le territoire national en situation irrégulière. Or les patients anglais mentionnés ne se rendent pas illégalement à Calais pour se faire soigner, mais viennent en parfaite légalité, et s’acquittent de leur facture.

   Enfin, il est nécessaire de préciser que votre invité est loin d’être l’intervenant impartial qu’il prétend être puisqu’il est le secrétaire général du Collectif Interassociatif Sur la Santé (CISS), doté d’un budget de 3 millions d’euros, majoritairement abondé par la Direction Générale de la Santé, c’est-à-dire le Ministère de la Santé, dont il est un des vecteurs d’opinion. Son point de vue ne peut ainsi pas être considéré comme objectif et impartial.

   Nous considérons que les usagers et les professionnels de la santé doivent s’engager dans un combat commun pour la restauration de l’excellence de notre système de santé. Seul le dialogue entre usagers et professionnels sera à même de répondre aux attentes de chacun, dans le respect de tous. Notre objectif essentiel est de remettre le patient au centre de la politique de santé, et de permettre à tous les Français l’accès à des soins de qualité sur tout le territoire national.

   Les membres du collectif « Usagers de la santé » se tiennent disponible pour venir à votre rencontre et échanger sur notre fonctionnement et nos objectifs.

Cordialement,
Les membres fondateurs du Collectif « Usagers de la santé »

Lien vers l’émission (à partir de 25 min 20) :
http://www.allodocteurs.fr/emissions/le-magazine-de-la-sante/le-magazine-de-la-sante-du-01-06-2016_25883.html

Conférence de lancement du Collectif

Interventions des membres fondateurs du Collectif « Usagers de la santé » lors de la conférence de lancement du 17 mai 2016 :

 

Discours de clôture de Marine Le Pen :