Les antibiotiques, c’est pas automatique : en marche vers l’état d’urgence bactérien

Aux États-Unis, une super-bactérie résistant à tous les antibiotiques a été découverte chez une patiente de 49 ans souffrant d’une infection urinaire. Il s’agit du premier cas de résistance à la colistine, un antibiotique de dernier recours.

Une nouvelle très inquiétante dans la mesure où il semblerait que le gène permettant la résistance aux antibiotiques soit capable de se répandre à d’autres souches bactériennes (Patrick McGann, 2016). Cependant, la question de l’antibiorésistance n’est pas nouvelle. Malgré cela, entre 30 et 50% des prescriptions d’antibiotiques seraient inutiles et inappropriées, contribuant au développement de l’antibiorésistance. Une étude de 2015 (O’Neill) estime qu’à l’horizon 2050, l’antibiorésistance causerait plus de 10 millions de décès par an.

En 2011, la France a lancé un plan d’alerte sur les antibiotiques se fixant un objectif de réduction de consommation d’antibiotiques de 25%, or les résultats ne sont pas au rendez-vous puisqu’au lieu de s’amenuiser, la consommation d’antibiotique ne cesse d’augmenter (+5,9% entre 2011 et 2014) et la France reste championne d’Europe en la matière. Ainsi, on dénombre chaque année dans notre pays plus de 12.500 décès imputables à une infection bactérienne résistante. Une nouvelle fois, les gouvernements UMP et PS successifs font preuve d’une incapacité totale à agir de manière efficace. Or, les problèmes que pose l’antibiorésistance sont multiples : conséquences à moyen-terme sur la santé de la population, dégradation de la sécurité et de la continuité des soins, risque accru en cas d’attaque bioterroriste, enjeux économiques pour la sécurité sociale…

Marisol Touraine, plutôt que d’entreprendre une réflexion concrète sur le sujet, n’a fait qu’annoncer le lancement d’une campagne de communication d’ici à l’an prochain, et s’en remet à la Commission Européenne pour élaborer un nouveau cadre règlementaire. Un aveu de faiblesse doublé d’une véritable délégation de responsabilité à une commission de technocrates non élus, déconnectés des réalités nationales.

Il est nécessaire d’agir puisque le développement de l’antibiorésistance pourrait menacer à court ou moyen-terme les soins hospitaliers courants ainsi que les malades du cancer sous chimiothérapie (Teillant, 2015). En effet, la chimiothérapie déprime le système immunitaire mettant les patients sous le joug d’infections multiples, et dans le cas des chirurgies, des bactéries nocives se nichent dans les sutures dans plus de 90% des cas.

Le collectif RBM « Usagers de la santé » en appelle à une augmentation des budgets de la recherche biomédicale afin de favoriser le développement de nouvelles molécules capables de lutter contre les bactéries résistantes. Il est également impérieux de mener une politique interministérielle, en partenariat avec les ministères de l’environnement et de l’agriculture, afin de réguler les rejets d’antibiotiques dans les sols et les eaux usées. Des stratégies innovantes doivent être élaborées pour faire diminuer la consommation d’antibiotiques. La santé des Français ne doit pas être déléguée à des technocrates non élus, et c’est un véritable ministère de la santé qui doit prendre en charge les problèmes de santé publique qui se posent aujourd’hui.